July 12, 2017

RÉTROSPECTIVEMENT: DREIER FRENZEL

Context 2016

Dreier Frenzel est un bureau d’architecture et communication situé à Lausanne fondé par deux jeunes architectes. Yves Dreier est né à Genève en 1979, Eik Frenzel à Dresde la même année. Ils se sont rencontrés pendant leurs études à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich.

Depuis février 2017, les deux lauréats des Swiss Art Awards 2016 se trouvent à Mexico pour effectuer un travail de recherche. Ils ont saisi cette opportunité, proposée aux lauréats du concours en échange de la dotation.

Le duo nous a parlé de leurs aventures, leurs inspirations et leurs projets à l’autre bout du monde.

L’exposition de leur travail à la Casa Maauad s’intitule International Receptionism. Il s’agit d’un groupement qu’ils ont fondé au printemps 2017 à Mexico City. Ce groupement questionne la notion d’hospitalité et proclame l’amplification des échanges sociaux et culturels comme des vertus fondamentales. Suivant l’exemple donné par la langue française, le mot “hôte” est utilisé pour les fonctions de recevoir et d’inviter. La gageure n’est pas de définir comment être un bon hôte, mais de savoir comment être un bon invité. Chaque membre élabore librement les contextes spatiaux et temporels de leurs invitations. Des dons et des contre-dons à forte valeur symbolique accompagnent chaque invitation, laissant des traces de chaque moment d’hospitalité.

International Receptionism
15 juillet 2017 – 5 août 2017
Vernissage: Samedi, le 15 juillet, 11 heures à 15 heures
Casa Maaud, San Raffael (Mexico)

 

1st congressof “INTERNATIONAL RECEPTIONISM”, july/august 2017, Mexico City

Il y a une année, vous avez reçu le Prix suisse d’art. Votre participation, puis votre distinction, aux Swiss Art Awards 2016 vous ont-elles ouvert de nouvelles opportunités?

En tant que duos d’architectes, la participation au Swiss Art Awards a été une magnifique opportunité de sortir de notre cadre de travail traditionnel. Cela nous a permis de nous investir dans des réflexions et des recherches qui approfondissent et élargissent la compréhension de notre environnement bâti. La portée nationale du prix a été une belle reconnaissance du travail de recherche que nous menons en parallèle de nos projets d’architecture. Ce prix nous a offert un gain de visibilité bénéfique pour engager de nouvelles collaborations et nous encourage sur la quête de notre idéal architectural teinté d’idéalisme.

Qu’est-ce qui vous a persuadé de partir dans l’une des plus grandes villes du monde?

Malgré la belle dotation des Swiss Art Awards (25’000.- par lauréat), cette somme est rapidement engloutie dans la gestion d’un bureau d’architecture d’une vingtaine de collaborateurs. Nous voulions que cette récompense laisse une trace dans notre travail et avons décidé de réinvestir ce capital dans une expérience de vie, dans un nouveau projet de recherche. Sans vraiment réfléchir aux éventuelles conséquences de notre choix, nous avons décidé de saisir l’occasion unique de résider 6 mois à Mexico. Cette mégalopole, qui nous était inconnue, nous a immédiatement fascinée par sa taille, sa diversité culturelle et son historique révolutionnaire.

Ce séjour, a-t-il rempli vos attentes?

Nous n’avions que très peu d’attentes en vue de notre séjour mexicain. Notre arrivée coïncidait avec un état d’esprit prompt à la surprise et à la découverte. Eprouvés par presque 10 années de travail depuis la création de notre bureau, nous avions l’envie et le besoin de sortir de notre zone de confort et de prendre du recul avec notre pratique architecturale quotidienne. La perspective de rencontrer de nouvelles personnes issues des milieux créatifs mexicains et de pouvoir exposer notre travail de recherche à la fin de notre séjour, nous a beaucoup motivé à quitter temporairement la Suisse.

Comment ce nouveau milieu a-t-il influencé votre travail d’architecte? 

Notre séjour à Mexico nous a poussé à ouvrir de nouveaux pans de réflexions dans notre travail de recherche. Cette ville nous donne tous les jours de nouvelles impulsions. Notre regard sur l’espace public et notre compréhension de son fonctionnement a considérablement évolué depuis notre arrivée. L’appropriation spontanée de l’espace public génère ici à Mexico une vie foisonnante qui contraste beaucoup avec l’aseptisation et le contrôle que nous connaissons en Suisse. Il y a ici une constellation entre traditions et idéal moderniste qui est aujourd’hui encore très présente et que le peuple mexicain entretient comme une forme d’identité nationale. L’avant-garde et la tradition se côtoient et se bonifient dans un mélange rafraîchissant de cohérence et d’empirisme.

Cette résidence a modifié notre identité d’architecte pour l’orienter vers une démarche plus artistique. Après avoir produit une série de travaux sur la Stimmung, puis l’Appropriation et la Domesticité, nous nous intéressons maintenant à la notion d’Hospitalité.

Et pourquoi recommanderiez-vous Mexico City?

Nous avons accumulé beaucoup de nouvelles impressions dans ce cadre urbain extraordinaire. La richesse des qualités spatiales et architecturales est indéniable. L’espace public fait preuve d’une beauté brute et d’une hétérogénéité qui va durablement nous inspirer dans notre travail. Nous avons acquis la certitude que des thèmes comme les couleurs, les textures et les traces des usages sont autant de moyens de répondre à l’uniformité et la monotonie de nos villes européennes. De manière plus personnel, nous avons noué des liens amicaux et professionnels solides et espérons prolonger notre projet lié à l’Hospitalité en accueillant nos hôtes mexicains lors de leur prochaine visite en Suisse.

Nous recommandons Mexico pour son charme chaotique et incontrôlable, pour la légèreté de son quotidien et sa sociabilité, mais surtout pour la qualité de sa scène culturelle contemporaine et sa tradition moderniste empreinte d’idéal communautaire. Venir à Mexico, c’est prendre un bol d’air, certes pollué, mais tellement salutaire pour transgresser notre mentalité de Suisse si lisse et réglementée.

Votre approche de l’architecture, est-elle plutôt globale où locale? 

Local bien sûr, car le contexte est la matière première de notre réflexion. Local signifie pour nous spécifique, ancré et engagé. Notre travail s’articule autour de la question des usages et s’évertue à créer des lieux forts et cohérents. Nos projets cherchent à se fondre dans leur environnement et à répondre à des besoins programmatique singuliers. A ce titre, nous nous distançons volontairement de l’architecture d’objets pour nous focaliser sur une architecture d’espaces. En ce sens, les icônes formelles nous intéressent moins que les mécanismes sociétaux. C’est probablement aussi ce qui explique notre propension à travailler sur des projets de logements dans lesquels les rapports humains et la gestion des diversités sont prépondérants.

Nous sommes cependant conscients que nos influences culturelles et notre modèle de société sont profondément ancrés dans une pensée globale. Nous sommes partie prenante d’un monde globalisé, mais ne croyons pas aux modèles standardisés qu’il induit.

Et pour finir , quels seront vos projets dès votre retour en Suisse?

Notre résidence à Mexico est déliée de notre pratique architecturale et n’impacte le fonctionnement de notre bureau qu’indirectement et uniquement par son apport intellectuel et artistique. Nous avons cherché à travailler dans la continuité de ce que nous faisons depuis bientôt 10 ans. Yves, qui a décidé de rester les 6 mois à Mexico, est en contact par vidéo-conférence tous les jours avec le bureau pour discuter les projets à l’interne. Eik, qui a partitionné sa présence à trois séjours de plusieurs semaines à Mexico, assume les relations avec nos clients et gère l’avancement des projets en Suisse. Notre absence physique nous a permis de responsabiliser nos collaborateurs. Nous travaillons actuellement sur des concours et avons plusieurs projets en cours de construction. Dès notre retour en Suisse, nous enseignerons également pour un semestre à l’EPFL.