May 23, 2017

JÉRÔME HENTSCH

Participants

Sans titre 2014 (encre de chine, page de journal), 50x65cm

Jérôme Hentsch est un artiste genevois, né en 1963. Après des études de psychologie à Genève, il passe par l’atelier de Silvie Defraoui à l’École des Beaux-Arts de cette même ville. Lors de ses études à l’École des Beaux-Arts, il a commencé par la peinture, avec l’idée qu’elle devait être un leurre du réel. Il s’est alors tourné vers la performance, autour du théâtre en particulier, non pas pour lire les textes, mais pour montrer ce qui dans une pièce est écrit pour ne pas être dit, les didascalies. Il poursuit ensuite des études de psychanalyse à l’Université Paris 8. Sa recherche et ses intérêts traversent les arts de la scène et les arts plastiques auxquels il se consacre aujourd’hui entièrement. Il vit et travaille à Genève.

Sans titre (Lisant a haute voix.) 2016

Qu’est-ce qui promeut l’art? 
Un après-midi à Genève, j’ai eu le plaisir d’accompagner Stanley Brouwn du boulevard Helvétique à la rue du Général Dufour. Etions-nous, à ce moment encore, au niveau du boulevard Jacques-Dalcroze ou déjà rue de l’Athénée ? Toujours est-il que nous longions la base du mur d’enceinte de la vieille ville en parlant d’art. C’est un très bon souvenir. Or, de cette conversation ne me reste qu’un seul et unique mot. C’est un instant précis où il s’arrêta, me regarda et pointa du doigt l’une de ces minuscules plantes (Pariétaire ? Sagine ?…) qui s’accroche à la pierre, profitant d’une fissure et du peu de poussière humide qui s’y loge. « See ? » me dit-il simplement.
Depuis, il m’arrive de penser que l’art existe, non pas grâce à quelque chose, mais malgré tout.

Qui vous soutient et comment?
On avait demandé à Ulrich Meister, quel plus beau souvenir il gardait de l’enseignement de Joseph Beuys. Il avait répondu qu’à la toute fin d’une soirée qui s’était donnée dans leur école jusqu’au petit matin, il s’était retrouvé affalé, fatigué et alcoolisé, discutant avec quelques amis. Il avait alors noté que son professeur, resté jusque là avec eux, s’était discrètement levé pour ranger et se mettre à balayer. A cet instant, il s’était dit qu’il ferait bien, à son tour de se lever pour aider son maître. Mais en y regardant mieux, alors même qu’il se mettait en mouvement, il s’était ravisé, se rendant compte du soin et du plaisir que l’homme mettait à cette tâche de balayage qui illuminait son visage. Actualisant ce souvenir de longues années plus tard, l’élève en était encore lui-même irradié.
Me soutiennent tous ceux qui mettent de l’art dans ce qu’ils font.

Slightly shaped, 2013, 61x60cm

L’art doit-il appartenir au secteur privé où public et pourquoi?
On raconte que Michel Cor, lors de l’un de ses périples au large d’Arsuk, s’était trouvé pour quelques semaines à longer la fragile frontière qui lui avait été désignée comme séparant en ces terres, le privé du public. Il y observa, paraît-il, de longs cours d’art et d’argent se faufilant et se répartissant de part et d’autre de cette ligne à peine perceptible, mais à chaque fois qu’intrépide, il tentait d’en remonter ou d’en suivre en aval l’un ou l’autre des méandres, il réalisait rapidement qu’il ne pourrait de cette démarcation prouver aucune existence véritable tant ces cours se croisant, se mélangeant et se séparant sans cesse, brassaient leurs eaux. On raconte également que cet aventurier, captivé par ses recherches et rencontrant sur son chemin certaines communautés appartenant culturellement à l’une ou l’autre de ces rives, avait pu, certes en distinguer de grandes différences de convictions et de coutumes, mais sans pourtant ne jamais parvenir là encore (mais son imparfaite connaissance des dialectes locaux en est peut-être la cause), ni à en concevoir, ni à en découvrir entre eux (et ce, malgré leurs conflits incessants) de véritables marques distinctives gravées par le temps.
Plutôt observa-t-il, raconte-t-on enfin, que l’aridité du terrain les ayant depuis toujours contraints à de nécessaires échanges, ces populations s’étaient, sans même s’en apercevoir, rendus complémentaires l’une de l’autre dans un fragile, mais bien réel équilibre. Mais bien sûr, il ne faut pas croire ce que l’on raconte. Et moi, je raconte que l’art dans son infinie diversité, résiste à la notion d’appartenance.