June 10, 2015

GILLES FURTWÄNGLER

Participants 2015
Vue d’exposition: "Chérie je m’adresse à toi / La notion de compassion est fondamentale / L’interprétation c’est le bien / Ouvrez la fosse aux chips", Quark, Genève, Sep-Nov 2014. Photo © Annick Wetter

Vue d’exposition: “Chérie je m’adresse à toi / La notion de compassion est fondamentale / L’interprétation c’est le bien / Ouvrez la fosse aux chips”, Quark, Genève, Sep-Nov 2014. Photo © Annick Wetter

 

Gilles Furtwängler, qui a participé dans une exhibition avec le  lauréat du Grand Prix suisse d’art / Prix Meret Oppenheim 2015, Oliver Mosset, à la galerie Skopia à Genève ce printemps, a conçue une installation spécialement pour l’exposition SWISS ART AWARDS qui ouvre dans dix jours. Depuis quelques temps, l’artiste en est revenu aux arts plastiques, tout en perpétuant son travail sur les mots, les phrases, qu’ils soient siens ou ceux de quelqu’un d’autre… à vous d’en découvrir plus.

 

Quelles sont vos priorités actuelles dans votre pratique artistique – en d’autres mots: par quoi êtes-vous actuellement préocupé par rapport à votre agenda créatif / artistique?

Après une longue période d’écriture et de performance, j’ai renoué en 2014 avec les arts plastiques en proposant des peintures murales et des série de sculptures. C’est ça mes priorités, continuer à écrire le plus possible et chercher à comment présenter une partie de mes textes de manière plastique. Ces formes plastiques oeuvrent toujours au service de la parole. Tout est support au mot, parlé ou écrit. Tout est mise en forme pour une communication tant objective qu’abstraite, ironique et morale.

Quelques mots sur mes textes s’imposent. La base des textes et des mots que j’utilise est un mix d’écrits personnels et de phrases trouvées et volées. Actuellement, je suis très intéressé à voler des phrases dans les discussions que j’ai ou que j’entends. Avant ça il y a eu les périodes média, film, publicité. Le sujet principal de l’ensemble de mes textes pourrait être la banalité, cette banalité qui nous rassemble, qui fait qu’on se ressemble, qui nivelle les hiérarchies, qui rapproche l’art conceptuel et la chirurgie dentaire,
l’art abstrait et le massage suédois, l’art figuratif et la dette mondiale, la dette mondiale et la plomberie, la plomberie et le bien-être, le bien-être et la Formule 1, la Formule 1 et les extrémistes.

Je réfléchis mes peintures murales comme je prépare mes lectures de textes. Pas dans le sens où j’essaierai d’illustrer plastiquement la manière dont je lis mes textes, mais dans celui de l’intensité, sémantique d’abord et visuelles ensuite. J’en développe deux séries, une formaliste, liées à la peinture de lettrage, propre et très visuelle. Une seconde DIY où j’utilise des éléments comme du thé, de la colle, du crépis ou encore de la cendre de bois. Cette série est plus désinvolte, les accidents ont une grande place dans le résultat final.

Concernant les sculptures, j’utilise des objets très définis comme le coussin, le drapeau ou le mug. Ils sont tous les trois très rapidement reconnaissables et appartiennent radicalement,  banalement à notre culture. Avec eux je développe des séries d’objets-poèmes comme je les nomme.

Un objet, une phrase, un ou deux mots. La sémantique de l’objet entrant en relation avec le sens du texte.

 

 Ce que nous voudrions vraiment savoir est: qu’est ce qui cause vos insomnies?

 J’essaie d’écrire une phrase percutante sur l’intégrité et je n’y arrive pas encore. On a vu un 4×4 de l’ONU au centre-ville. Je réfléchis à des formes sur lesquelles poser du texte. Des coussins, des tasses, des 4×4, des verres, des assiettes, de nappes, des draps, des maisons, des bateaux. Je vais rester tranquille avec le système. Je me sens chaton-chaton. Tu veux un glaçon dans ton Aspegic?

Je réfléchis à faire un trousseau de mariage avec que des éléments gravés, brodés, sérigraphiés de phrases et mots. En mettre partout, des mots partout. Des mots qui affirment des concepts rien que pour les démonter après les avoir énoncés. Lire des textes dans tous les environnements, peindre des mots dans tous les environnements, sur tous les objets, une orgie de mots, de sens et de contradictions.
Je fais attention à ne pas me répéter. Qu’est-ce qu’on peut faire d’autres que de sourire. Aide-moi à me nourrir pour grossir.

J’essaie de trouver un bon angle pour introduire la question des privilèges de Blancs. Je réfléchis à ce que les oppresseurs ne comprendront jamais des oppressés et vice versa. Je fais mes portfolios, je mets à jour ma bio. Je réfléchis à faire des muraux de mugs imprimées de phrases. Je lis un livre qui s’appelle: La République des Imberbes. La phrase: La médiation culturelle c’est l’inquiétude me tourne dans la tête.
La phrase Se battre pour un monde meilleur, c’est peut-être un peu ridicule tourne également dans ma tête, je ne sais pas encore si je vais l’utiliser. Accalmie. Cheeseburger Ego.

J’écoute Despo Rutti. J’essaie de ne pas regarder les Fail Compilations sur YouTube, parce qu’elles me font perdre trop de temps. J’essaie de comprendre ce qu’il se passe en Syrie, en Irak, en Ukraine. Je réfléchis à la frontière design/art. Gros Becs partout. J’embrasse les poutres. Je lèche la moquette, je défonce les portes. J’arrache les vitres. Des Bises parterre.

 

 Comment cela va-t-il influencer votre installation lors de l’exposition des Swiss Art Awards?

 Ça va ressortir sur les murs et en l’air c’est sûr, mais sur la manière, mon coeur balance encore.